• La douche

     Déjà, c'est cool, la douche. Tu braques le jet d'eau sur toi, et l'eau coule et ruisselle sur ton corps, et tu es bien. Ta peau se détend et tu peux penser à tout un tas de trucs. Parfois, je m'imagine qu'après la mort, c'est une douche éternelle : que tu restes éternellement à laisser l'eau ruisseler sur toi, et que tu es zen, comme ça, sans rien d'autre que cet état agréable et la solitude, jusqu'à la fin des temps. Ça donne envie, presque.

     La douche, c'est le moment où - en général - on est seul, tranquille, et sans aucune perturbation extérieure, donc évidemment, c'est le moment idéal pour faire le bilan sur sa vie, divaguer et penser à tout un tas de projets qu'on ne fera sans doute jamais (ou bien s'imaginer qu'on est mort et que c'est ça qu'il y a après la mort : une douche éternelle).

     Mais trêve d'introduction foireuse. Un des éléments essentiels de la douche, c'est la température.

     

     Quand j'étais petite j'avais peur de me brûler, alors je me mettais au bout de la baignoire et je commençais par l'eau froide, avant d'ajouter de l'eau chaude jusqu'à avoir la température parfaite, mais doucement, parce que ça pouvait être très dangereux de se brûler avec de l'eau de la douche trop chaude.

     Puis j'ai grandi et j'ai fini par trouver que l'eau chaude c'était vachement agréable, et même que quand tu mets l'eau super-chaude après ton corps s'habitue et tu peux mettre l'eau encore plus chaude et tout jusqu'à ce que ça soit vraiment vraiment chaud. Et c'est vraiment chouette, quand l'eau est super-chaude et que t'as l'impression qu'elle fait fondre ton corps. Tu pourrais y rester des heures.

     Puis un jour, par curiosité, j'ai essayé de voir si on pouvait faire la même chose en mettant l'eau de plus en plus froide. Autant se le dire : ça détend moins. Et c'est plus dur de s'habituer. Mais ça revigore, ça rafraîchit, je me sentais vivante, après (comme quand on sort en hiver et qu'on a les joues toutes froides en rentrant). Alors, comme c'était pas cool (ahahah) de baisser la température progressivement, j'ai développé un planning de douche : au début, je mettais de l'eau chaude, puis pour me rincer, je mettais de l'eau encore plus chaude (parce que c'est vraiment trop agréable). Et les dix dernières secondes avant de sortir de la douche (et il fallait prendre son courage pour le faire, quand même), je baissais d'un coup la température, pour avoir de l'eau froide, voire très froide. Après ça, ce n'était plus difficile de sortir de la douche, et j'étais bel et bien revigorée.

     J'ai aussi eu une période de "température ambiguë". C'est une température ni chaude ni froide, juste assez chaude pour que ce ne soit pas froid, mais juste assez froide pour que ce ne soit pas chaud non plus. C'est une sensation assez étrange, et même assez désagréable au début (on n'a pas froid, mais on n'est pas bien non plus, quoi). Mais à force de l'utiliser (par volonté d'être brave et d'affronter toutes les températures de la douche - car je suis une fille courageuse et aventurière !), j'ai fini par m'habituer, et même à bien l'aimer, cette température ambiguë. Sans pour autant qu'elle remplace définitivement mon planning de chaud-très-chaud-froid.

     L'été, c'était douche froide sans hésiter. Je crois que la douche froide, c'était mon emblème ; quelque part je m'imaginais que ça forgeait le caractère, et puis, c'était aussi plaisant qu'un fou-rire - c'était vif.

     Et puis j'ai eu mon studio, en entamant mes études supérieures. J'ai continué mes douches froides, puis chaudes-très-chaudes-froides. Et l'hiver est arrivé, et j'ai vite cessé cette bravade. Il faisait froid le matin quand je me levais, et j'avais tout sauf le courage de passer par une douche froide - le bref sprint entre la douche et, 3m plus loin, le radiateur où je mettais ma serviette me suffisait. J'ai abandonné les douches froides au profit des douches brûlantes. C'était assez désagréable de devoir s'avouer à soi-même sa lâcheté, mais une douche est un moment agréable et ça aurait été stupide de le gâcher par audace du froid.

     Mais j'ai récemment découvert toute la beauté des douches brûlantes : quand je sors de la douche, et qu'il fait froid, l'eau sur mon corps s'évapore en des volutes de vapeur, arabesques de fumée blanche autour de moi, et c'est assez fascinant pour que, l'instant de quelques secondes, j'en oublie d'aller chercher ma serviette, et que je me dise : "Woah. Je suis un dragon !"

     

     Donc, c'est cool, la douche. Qu'importe la température : la douche, à l'instar de chaque instant, a son charme. Même ces instants où tu grelottes en sprintant vers ta serviette 3m plus loin sur le radiateur peuvent être beaux, si tu sais comment les regarder (et évidemment, si tu as pris une douche assez chaude et qu'il fait assez froid).


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