• Perdu ! (2)

     Ceci est la suite d'un article écrit il y a un paquet de temps (cliquez, ça vous emmènera sur l'article en question, au cas où vous ne l'ayez pas encore lu) : normalement, depuis, vous jouez au Jeu, et depuis, vous n'avez plus pensé au Jeu (sauf là, vu que vous venez de tomber sur mon article : du coup, vous avez perdu, ahah).

     C'est un jeu amusant, auquel on ne choisit pas vraiment de jouer, avec lequel on ne peut pas vraiment élaborer de stratégie. On est un peu prisonnier de nous-mêmes, avec ça : ce n'est pas possible d'être acteur de nous-mêmes dans ce jeu. Il n'y a que la possibilité d'être passif et d'espérer ne pas perdre (ce qui ne dépend pas de nous, et dépend à la limite de la bonne volonté de vos amis). C'est ça qui est si frustrant, il est impossible de contrôler quoique ce soit ; c'est à cause de ça, aussi, sans doute, que tant de personnes qualifient le concept de débile.

     En fait, ce n'est peut-être pas vraiment un jeu, puisqu'aucune marge d'action ne nous est prévue. Même lorsque l'on fait l'analogie entre la vie et le jeu, on n'a pas choisi de jouer au jeu de la vie, mais au moins on est libres d'y faire un paquet de choses, voire même d'y mettre fin, tandis que pour le Jeu, on ne peut rien y faire, sinon espérer de ne pas y penser. Et en plus, on y joue toute notre vie (cela dit, on est libre de mettre fin au Jeu en mettant fin à notre vie, mais c'est cher à payer pour mettre fin à un jeu, quand même).

     En tous cas, que ce soit un vrai jeu ou non (qu'est-ce qui définit un jeu ? mmh... je devrais peut-être faire un article sur le sujet, un de ces jours), on peut y gagner et on peut y perdre. Mais y gagne-t-on vraiment, à gagner ? Car après tout, le principe de la victoire, c'est qu'on l'ignore. Quelle est la valeur d'une victoire qu'on ne connait pas et qu'on ne peut de toute façon pas vivre (puisque dès qu'on prend conscience de la victoire, elle disparaît) ? Est-ce vraiment une victoire ?

     Lorsque l'on perd, au contraire, on sait très bien que l'on perd ; et c'est ça qui est frustrant (parce qu'on ne peut s'empêcher de perdre, et qu'on le sait parfaitement : quelque part, le Jeu nous nargue un peu). Mais il n'y a que lorsque l'on perd que l'on est conscient de jouer au Jeu. Au fond, perdre, c'est connaître la réalité et la regarder en face (notre échec avec) : la perte consiste en la prise de conscience. Est-ce que cela ne nous apporte pas plus qu'une victoire dont nous ne pouvons nous prévaloir (puisqu'elle est due à notre inconscience du Jeu, que nous pouvons en tirer aucun mérite, et certainement pas la vivre) ?

     Dans un drôle de retournement de situation, finalement, on pourrait se demander s'il ne serait pas mieux de perdre que de gagner. Mais penser tout le temps au Jeu n'a pas de sens non plus ; et il y a quelque chose d'un peu plus fade à concevoir un jeu dont le but serait d'y penser... Alors la saveur de la chose réside dans le fait de perdre, assurément (mais de l'assumer !). Rien n'est jamais donné, la conscience se paye...

     Et puis, j'aurais pu conclure mon article là, mais il y a une dernière réflexion que j'aimerais bien poser, tout de même. Parfois, il m'est arrivé de penser au Jeu comme à la mort : car pour les deux, on a l'impression d'y perdre en y pensant ; penser à la mort c'est penser au vide, c'est se retrouver réduit au petit bout de notre existence condamnée dès sa première seconde de vie à finir en néant. Penser à la mort, c'est négatif ; penser à la mort, c'est perdre. (Et puis, ça revient toujours, cette petite idée de la mort, on ne s'en débarrasse jamais, c'est comme s'il était nécessaire de penser de temps en temps C'est vrai, un jour je mourrai – ce qui ne veut pas dire pour autant qu'on l'ait réalisé pleinement, cela dit.) Tant que l'on vit sans penser à la mort, on gagne, on est vivants, sans peur, on profite. Mais au détriment de la conscience : il n'y a que lorsque l'on pense à la mort que l'on est conscient-e (écriture inclusive, bonjour*) de la vie... Penser à la mort, c'est gagner en sagesse, c'est aussi s'habituer à l'idée de mourir un jour, c'est mettre en perspective sa vie, c'est en tirer les conséquences. Si penser à la mort, c'est perdre, c'est une perte bien intéressante. On finit par tomber dans l'éternel cliché de l'inconscience joyeuse et du savoir malheureux (que j'ai tendance à considérer comme faux, cela dit en passant). Que vaut-il mieux ?

     Enfin. Cela fait quand même une sacrée réflexion, pour un jeu débile qui n'a sûrement été créé que dans le but de frustrer ceux qui y jouent. Mais ça me console un peu de penser tout ça, quand je perds. Je me fais l'illusion que ce n'est plus si grave, de perdre...

     

     *oui, donc, aucun rapport, mais j'essaye de me mettre à l'utilisation de l'écriture inclusive. Avant, je n'y pensais pas, mais là, ces derniers temps, j'ai amorcé une réflexion sur le sujet (a priori, je suis pour, mais il faut quand même que je creuse le sujet) ; et en attendant, je l'utilise.


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