• WESH

     Encore un article louvoyant, je m'en excuse d'avance (et aussi pour mon absence de régularité actuelle). M'enfin, on fera avec. 

     

     Wesh, c'est un mot sympa. C'est un mot que j'ai appris à m'approprier quand j'étais au collège, et que je l'associais encore aux « racailles » (mot mis entre guillemets, car on sait qu'il est lieu de projections et de fantasmes). Je crois que c'était par défi, parce que m'entendre le dire c'était sortir du moule de l'élève sage (presque une rébellion !) et des convenances langagières que je me devais de tenir par conséquent. Façon de montrer une forme de décalage par rapport aux stéréotypes, de se moquer des autres en passant, en les surprenant au mot.

     J'ai fini par me l'approprier — ou peut-être est-ce lui qui a fini par s'approprier mon âme : car qui sait, les mots sont peut-être, à l'instar des baguettes magiques, ceux qui nous choisissent, plus que nous ne les choisissons. J'ai fini par le dire, à tout va, pour saluer, rigoler, accentuer, ponctuer.

     

     Saluer : Wesh, bien ou bien ? (Parce que si la question paraît con au premier abord, elle découle naturellement, par habitude, du premier mot ; c'est une expression culturelle que je me dois d'avoir pour accompagner mon Wesh. Et puis, parce que c'est délicieusement plaisant, de n'offrir à son interlocuteur que le choix du positif.)

     Rigoler : Eh, parle mieux, wesh !

    Accentuer : Non mais ça va pas, wesh ?!

    Ponctuer : Mais wesh, tu trouves pas que c'est un peu con, wesh, de dire wesh à chaque virgule ?

     

     Si ça ne surprend plus mes amis, habitués de longue date à ces éruptions familières dans mon langage pourtant capable d'envolées châtiées, ça continue de perturber les gens qui ne voient encore en moi qu'une petite chose intellectuelle. C'est un peu comme la marque de mon passé de collégienne de banlieue (lieu qui me semble parfois plus vrai que les cercles par lesquels je suis passée depuis : mais c'est sans doute un fantasme de l'admiratrice de Zola que je suis).

     

     Mais au-delà de la jouissive surprise qu'il procure à l'interlocuteur, du décalage dans le langage, de la satisfaction de l'auto-dérision, de notre histoire commune (car nous nous appartenons l'un à l'autre, dans cette double-appropriation dont j'ai parlé plus haut), je le trouve plaisant, ce mot.

     W-E-S-H. Double-vé-euh-èsse-hache. Wesh. Ouèch'. Il sonne doux, à prononcer. Que des voyelles, c'est comme la jolie courbe d'un toboggan, quand la bouche, de presque fermée, s'ouvre comme un ressort en lâchant son « ouais ». Et puis « schh », la conclusion chuintante, tranquille, comme pour marquer un dernier murmure, achever le mot en douceur. C'est un mot à la fois bien vif et très doux, comme le gazouilli d'un enfant qui s'éveille au monde, les aigus en moins, peut-être.

     A l'écrit aussi, il faut avouer qu'il a un côté délicieusement exotique, avec ce W massif mais pourtant étonnant, car on en voit si peu, des W, dans la langue française. Avec le léger sh de la fin, ça lui donne un côté irrésistiblement anglais, et par conséquent moderne  et ça me surprend toujours, qu'un mot aux sonorités tellement voyelles n'en contienne qu'une, le e du milieu, dont il me donne toujours l'impression qu'il en est la colonne vertébrale et toute la droiture, sans jamais parvenir à s'imposer vraiment, et je le perçois toujours si fragile et petit, coincé entre ces consonnes, que je me permets parfois de l'écrire Wouesh, pour rendre aux voyelles ce qui leur appartient, et donner à ce pauvre e un peu de compagnie.

     

     Enfin, bref, il est plaisant, ce mot. Il sonne doux mais vif à la fois, car on sait son contexte, et il a un côté définitivement joyeux qui me plaira toujours (car Wesh, est-ce qu'au fond ce n'est pas un Ouais positif et négligent à la fois ?).

     

    Et puis, wesh, il est cool, ce mot, un point c'est tout !


  • Commentaires

    1
    Lundi 20 Mars à 18:11

    "Nan mais "wesh c'est trop mainstream tu vois, maintenant on dit "oush oush"..."

    Comprendra qui voudra

    2
    Lundi 20 Mars à 19:28

    Quand je pense que ce mot a été remis à jour (dans mon entourage en tout cas) par le grand vizir Jul

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