• Allumettes

     Il y a un mois je suis arrivée chez une amie, et je lui ai demandé du scotch (le ruban adhésif, pas l'alcool). Le carton de ma boîte d'allumettes s'est déchiré, il faut que je le répare, lui ai-je dit en sortant la boîte de la poche droite de mon manteau – c'était là où je rangeais toujours mes allumettes, avec mes mitaines rouges. C'était dans le métro, sur le trajet, en voulant machinalement saisir le paquet, que j'avais remarqué que des allumettes en avaient glissé et s'étaient répandues dans le fond de ma poche. Deux des coins de la boîte s'étaient fendus, la laissant ouverte ballante d'un côté. Mais qu'est-ce que tu fous à toujours te trimballer avec une boîte d'allumettes, aussi ? m'avait-elle demandé en me tendant un rouleau de scotch. Je lui ai répondu que j'en avais besoin, que c'était comme ça. Comment suis-je censée allumer des cigarettes, sinon ? (Je ne fume pas.) Elle a secoué la tête, et elle n'a pas insisté. Je crois qu'elle commençait à avoir l'habitude.

     La dernière fois que nous nous étions vues, je revenais d'un long voyage improvisé dans l'urgence, un road trip s'étendant sur plus de deux mille kilomètres, une dizaine de villes, le triple en heures de trajet. Je lui avais raconté en détail mes galères et escales respectives, mais, parvenue à destination, je m'étais tue. Mais il s'est passé quoi, là-bas ? Tu ne peux pas éluder comme ça ! Alors, je lui avais dit que dans le plus beau parc de cette ville de Bretagne, entre les fleurs et les canards, j'avais utilisé mes allumettes. Encore maintenant, je m'obstine à ne parler que de ça, quand je raconte la fin de mon voyage : le parc, les fleurs, les canards, les allumettes. Je persiste à croire que les histoires sont plus romanesques, et donc plus fidèles à la vérité, lorsqu'on se contente de s'arrêter sur un détail ciselé. Le mien, dans cette histoire, ce sont les allumettes.

     

     J'y tenais, donc, à cette boîte d'allumettes. Encore maintenant que j'ai déménagé à nouveau à plus de mille kilomètres, la boîte, fraîchement rafistolée, est dans la poche de mon manteau, et régulièrement j'y glisse la main pour m'assurer qu'elle est encore là. Il y reste deux ou trois dizaines d'allumettes, ainsi que deux allumettes déjà brûlées qui datent du parc, mais que je ne peux pas me résoudre à jeter. C'est sentimental, c'est comme ça.

     Ce sont des Instant Salon de Flam'Up, même s'il faut regarder au dos de la boîte pour savoir le nom de la collection et de la marque. Le devant est noir, avec un design un peu vintage. Premium quality, est-il écrit. Satisfaction guaranteed. (Ceux qui ont écrit ça n'avaient pas idée.) Sur le côté, il est précisé que la boîte contient 45 allumettes, dans plusieurs langues. C'est comme ça que j'ai appris que le mot allumettes est joli partout. En anglais : matches. En allemand : Streichhölzer. En espagnol : fósforos. En portugais : lucifers. La taille est indiquée, aussi : 10 cm. C'était pour ça que je les avais choisies, pour la taille. J'aimais bien l'idée d'avoir de grandes allumettes, ça me rappelait les allumettes que j'avais achetées à Ikea, des Hylta, un an plus tôt. C'était parce qu'il ne me restait plus beaucoup d'Hylta que j'avais décidé de racheter des allumettes. Non pas que j'en avais particulièrement besoin, mais elles m'avaient suivi depuis loin ces allumettes, et je n'avais pas encore tout à fait envie de tourner la page, alors il m'en fallait d'autres pour continuer mon bout de chemin...

     

     Depuis octobre dernier, j'avais terriblement envie de fumer. Je n'étais pas tout à fait sûre de savoir d'où ça me venait, à vrai dire, car je n'ai jamais fumé de ma vie et je n'en ai toujours pas l'intention. Quand j'étais petite, l'odeur de la fumée de cigarette me fascinait : mais j'avais rapidement appris que fumer, c'était sale et mal, et ça faisait maintenant une quinzaine d'année qu'elle m'écœurait. Et puis, à 21 ans, j'avais passé l'âge d'expérimenter le vice pour le plaisir de se croire adulte. Mais toujours était-il que j'avais envie de fumer : plus précisément, j'avais envie du bâtonnet entre mes doigts, du feu à un bout et de mes lèvres à l'autre, et d'exhaler dans la nuit, sous l'étincelle orange de la cigarette. C'était le geste surtout je crois, le geste et le feu ; la nicotine, pas vraiment. Cela ne justifiait évidemment pas de se mettre à fumer : et de toute façon, je reste persuadée que même si j'essayais un jour, je ne saurais pas comment faire. La probabilité que je finisse par m'étouffer avec la fumée au bout de cinq secondes me paraît plus qu'élevée.

     Alors, comme il n'était pas question de fumer des vraies cigarettes, j'avais récupéré ma boîte d'allumettes Hylta, qui traînait dans ma valise depuis que j'étais rentrée chez mes parents, et j'avais décidé d'en faire un substitut. Les soirs où j'avais envie de fumer, et où cela ne suffisait plus de faire des tours de parking en bas de chez moi pendant des heures, je craquais... Je craquais une allumette. Je la faisais rouler entre mes doigts, certes c'était plus fin qu'une cigarette, mais ça allait quand même, et je la regardais se consumer. Le feu à un bout et les lèvres à l'autre. Hey, Décaféine, c'est comme une cigarette. Jamais plus d'une à la fois, jamais deux soirs de suite, bien sûr, il ne fallait pas devenir accro.

     

     Cette image de la cigarette, elle me suivait depuis août, en vérité. Il y avait un livre qui traînait près de mon lit, et dont la couverture représentait une jeune femme stylisée, une cigarette entre le rouge de ses lèvres, et la fumée à l'autre bout. Le livre est un classique de la littérature du XXème siècle, que j'avais commencé à lire cet été quand j'étais encore à l'étranger, mais que je n'avais pas eu le courage de continuer ensuite. J'en avais lu juste assez pour comprendre que, comme pour tous les romans de cette partie du XXème siècle, il parlait de désillusions. Mais j'étais revenue en région parisienne et les miennes me suffisaient, alors je l'avais délaissé pour lire des livres de Duras, qui est connue pour avoir été une fumeuse et alcoolique invétérée. Je ne parvenais toutefois pas à me résoudre à ranger le livre dans ma bibliothèque, et tous les jours je croisais le regard de la jeune femme à la cigarette. Elle dégageait une aura terriblement séduisante.

     La cigarette, c'est peut-être déconseillé pour la santé, mais ça fait des décennies sinon des siècles que la littérature et les films l'ont instituée comme sexy, et c'est une image dont on ne se défera pas de sitôt. Je n'aimais certes pas l'odeur, mais j'avais été obligée d'admettre l'idée depuis qu'un de mes professeurs d'anglais de la montagne Sainte-Geneviève nous avait fait lire un poème sur les cigarettes, un poème d'amour je crois. Cela faisait des années que je ne me souvenais plus précisément du contenu du poème, ni même de son titre ou de son auteur, mais je n'avais en revanche pas oublié la conclusion que j'en avais tirée : que, d'une part, j'aimais beaucoup la poésie anglophone du XXème siècle ; et que, d'autre part, il n'y avait peut-être pas tant de différence entre allumer une cigarette et allumer la flamme du désir. Après tout, l'érotisme a toujours flirté avec l'idée du danger.

     En ce qui concerne le poème, il m'est soudainement revenu en tête il y a quelques jours, après plus de quatre ans d'amnésie, alors que j'étais dans le train qui m'emmenait à nouveau loin de tout, et que je commençais à écrire sur ma boîte d'allumettes : Love Poem, de Ron Padgett.

     

     En vérité, ni le glamour de la cigarette, ni l'absence, l'attente, l'errance, ni le lieu où j'étais et celui où j'aurais voulu être, ni les nuits sans fin et l'addiction au Coca-Cola ne me paraissaient justifier une si fumeuse envie : mais j'arrivais là à court d'explications, et le manque (mais de quoi, de qui ?) était toujours là, alors je grattais une allumette. Peu de choses sont aussi douces que le bruit d'un bâton d'allumette qui s'embrase d'un coup : dans la nuit, à la lueur de la flamme, je me disais que ça me passerait, que c'était peut-être la dernière. Mais ce n'était jamais la dernière, et l'automne a laissé place à l'hiver. Alors, comme je croyais voir la fin de mon paquet d'Hylta, je me suis résignée à acheter un second paquet, en me disant que je leur trouverais bien une vraie utilité, à ces allumettes, un jour...

     

     Les Hylta je les avais achetées un peu par hasard, un an plus tôt, en novembre 2019. Je m'étais rendue à Ikea pour acheter un matelas sur lequel faire dormir mon meilleur ami, qui s'apprêtait à me rendre visite : et au milieu du labyrinthe du magasin, j'avais vu des paquets d'allumettes, alors j'en avais pris un, il rentrait dans la poche de mon sweat-shirt, en plus. (Le matelas, lui, fut infernal à ramener : et vers la fin du trajet, j'avais même dû accepter l'aide d'un voisin néerlandais, faisant connaissance avec lui par la même occasion. Quelques mois plus tard, il devint le protagoniste de l'histoire la plus cocasse qui me soit arrivée, dans un tout autre contexte.)

     Je m'étais dit que les allumettes pouvaient m'être utiles, parce que j'avais chez moi une citrouille d'Halloween, que j'avais faite quelques jours auparavant avec mon amoureux d'alors. C'était la première fois qu'il me rendait visite à l'étranger, et je crois que j'en garde un souvenir assez doux, peut-être parce que c'était l'un des derniers mois où il me semblait encore que deux personnes qui s'aimaient ne pouvaient pas être incompatibles. Quand il était reparti, je m'étais soudain sentie seule, et c'était là que j'avais envoyé un message à mon meilleur ami. Bon, c'est quand que tu viens me rendre visite, toi ? Trois heures plus tard, il avait réservé ses billets pour venir me voir ; et j'étais partie à Ikea. Ce mois-là, les Hylta me permirent d'allumer la flamme même sans mon amoureux, et de garder ma citrouille jusqu'à ce qu'elle soit entièrement tombée en poussière. (Ne faites pas ça, c'est dégoûtant la moisissure de citrouille.)

     

     Après ça, les allumettes étaient restées sur le rebord de ma fenêtre. C'était au mois de mars suivant que je m'étais remise à les utiliser. J'avais invité une amie proche à dîner, parce que la fermeture des frontières venait tout juste de tomber, sans aucun égard pour les amours internationales ; et que cela nous privait toutes les deux, elle de revoir un Roméo (c'était vraiment son prénom) avec qui ça avait été le coup de foudre, moi de retrouver mon faiseur de citrouille, alors même que j'aurais terriblement eu besoin de la certitude de sa présence. (En réalité – mais nous ne le savions pas encore –, si le destin s'apprêtait à amputer ces histoires de quelque chose, c'était surtout d'un happy ending.) Pour nous consoler, j'avais donc invité cette amie à un dîner aux chandelles, entrée, plat, dessert, musique romantique, et même des bougies qu'on m'avait offertes pour mon départ à l'étranger, et dont j'avais oublié l'existence jusque-là. Le dîner avait été une réussite, et quand elle était repartie je crois que nous étions toutes les deux un peu rassérénées.

     Les soirs d'après, je me suis surprise à gratter mes allumettes pour rallumer les bougies, parfois, juste pour la vision fascinante des flammes. La lumière des bougies m'hypnotisait, et me consolait de ne plus très bien savoir où était (ou ce que voulait) le Je du Je t'aime qui était désormais inaccessible. Il y avait deux bougies, avec les couleurs de l'arc-en-ciel, plus une troisième, minuscule, en forme d'éléphant, que je voulais réserver à une occasion spéciale. C'est durant ce printemps-là, aussi, que je me suis mise à sortir le soir, à aller me promener sans fin sur les chemins. Dans la nuit, sous l'orangé des lampadaires, parfois la fumée de mon propre souffle, et le parfum brûlant des fleurs, je méditais sur la beauté du monde et l'étrangeté de la vie. Rapidement, la solitude devint salvatrice pour mon Je : et il me fallut très peu pour promettre qu'on ne me ferait pas revenir dans ma région natale, que je serais une solitaire et une voyageuse, et que je passerais les prochaines années de ma vie là, dans ce petit bout d'Allemagne.

     

     Cette dernière promesse a hanté mes allumettes. Aurais-je eu tant envie de fumer cet hiver, si j'avais pu rester là-bas ? Peut-être. Peut-être pas. Je n'en sais rien. Mais je sais que d'un coup, en février dernier, j'ai cessé d'avoir envie de fumer. Les parfums du printemps sont revenus en avance, les cieux se sont faits plus grands, j'ai trouvé un compagnon pour mes promenades nocturnes, je me suis mise à donner des cours de cuisine à une amie, et puis on m'a annoncé que je pouvais repartir en Allemagne. La boîte d'allumettes est restée dans ma poche par habitude ; mais soudain elle n'y était plus qu'un reliquat.

     C'est un de ces soirs-là que je vais lui parler pour la première fois. Je lui dis : Nuit de pleine lune ? Elle me répond : Oui, j'étais justement en train de la regarder en fumant ma cigarette. Après ça nous parlons de la lune, des chemins de nuits. Elle se met à habiter les miens. Parfois elle me parle de sa vie. Un jour elle me dit qu'elle s'est brûlé le pouce avec son briquet, au lieu de la cigarette. Je lui demande de faire attention, je lui dis que les pouces ça ne se rachète pas, contrairement aux clopes. Que quitte à embraser quelque chose, il y a déjà mon cœur. Elle me promet d'être prudente. Parfois je lui parle de la beauté du monde, ou de sa beauté à elle, ce qui est presque pareil. Elle me demande si je flirte. Tu essayes de m'allumer ? Je lui dis que non, que je n'oserais pas. C'est toi qui as le briquet, tu te souviens ? De toute façon, je ne sais pas utiliser les briquets, enfin, je n'y arrive qu'une fois sur dix. La dernière fois que j'avais essayé, c'était avec un vieux briquet de mon voisin, qu'il m'avait prêté pour que j'allume la citrouille d'Halloween, et ça avait été un échec suffisant pour me convaincre d'acheter des allumettes – les Hylta, vous savez.

     

     Et puis un jour, un an après le dîner aux chandelles, alors que je m'apprêtais à en préparer un autre, l'annonce tombe : fermeture des frontières régionales. Reconfinement de l'Île-de-France, pour un mois au moins. Elle m'écrit, elle me dit qu'elle est cas contact, qu'elle ne peut pas venir avant le reconfinement, et qu'elle a envie de pleurer. Moi, j'ai surtout envie de fumer, à nouveau. D'un coup, je me rappelle que je dois repartir en Allemagne dans deux semaines, et que c'est à l'opposé de là où elle habite, à plusieurs centaines de kilomètres de chez moi déjà. Je sors ma boîte d'allumettes, et j'en gratte trois d'affilée, tant pis pour la règle d'une allumette à la fois. Je les consume jusqu'au bout, je manque de me brûler le pouce moi aussi. Je regarde la nuit et le croissant de la lune me renvoie mon regard : alors, je range les allumettes dans mon manteau, et je réponds à son message. Je lui dis : Je te promets qu'on se verra. Si c'est ce que tu veux, je trouverai un moyen. Vingt-quatre heures nous séparent alors du moment où l'Île-de-France sera fermée, sans aucun égard pour les amours interrégionales.

     C'est au milieu de la nuit, deux heures plus tard, que je décide de partir : d'aller m'exiler dans un endroit où les frontières ne sont pas fermées, avant de pouvoir la rejoindre lorsqu'elle ne sera plus cas contact. Je prends les premiers vêtements qui me tombent sous la main, et je fais mon sac dans l'urgence, sans me préoccuper du reste. En choisissant les livres qui doivent accompagner mon voyage, je retombe sur le livre avec la jeune femme à la cigarette. Je me demande si j'ai vraiment envie de savoir l'histoire qu'il raconte. Je crois que l'héroïne se retrouve terriblement fascinée par une autre jeune femme ; et il me vient alors à l'esprit que je ne sais pas laquelle des deux la couverture est censée représenter. Mais je ne suis pas d'humeur à l'ambiguïté, alors à la place, je prends Clair de femme, de Romain Gary. Il y parle d'amour et de patrie féminine, ce qui tombe bien car j'ai beau ne pas savoir quelle est ma patrie, je sais très bien qui je veux rejoindre. Et de la poésie, du Desnos, évidemment. J'ai tant rêvé de toi...

     

     Le livre de la femme à la cigarette, je l'avais acheté en juillet dernier. En mai, j'avais invité quelqu'un que je n'avais pas vu depuis longtemps, pour son anniversaire : c'était à cette occasion que j'avais utilisé la bougie éléphant, à défaut d'en avoir d'autres sous la main. Nous avions discuté longtemps ce soir-là, et pour la première fois de ma vie, après ces semaines de solitude, je m'étais sentie légitime à parler de polyamour – des aspirations du Je qui disait Je t'aime au faiseur de citrouilles. Quelques semaines plus tard, je renonçais à trois ans d'amour avec ce dernier, et je sauvais le Je d'une monogamie qui ne m'aurait jamais rendue heureuse, en me promettant que je serais toujours libre d'aimer qui je le voulais, comme je le voulais.

     Par coïncidence, mais je ne suis plus tout à fait sûre de croire aux coïncidences, c'est cette même personne à qui j'avais parlé de polyamour ce soir-là qui m'a conseillé le livre de la femme à la cigarette, un peu après ma rupture. Il m'avait dit que c'était un classique de la littérature existentialiste, et présenté comme ça, ça avait l'air de me correspondre. La dernière fois que je l'ai vu, juste avant de rentrer d'Allemagne, il m'avait dit : je suis sûr que ta vie à toi aussi ressemblera à un roman. Je lui avais répondu que j'y comptais bien. Plus tard, quand j'avais dû emballer mes affaires, la dernière chose que j'avais mise dans mes bagages, ça avaient été ce livre, et ma boîte d'allumettes.

     

     Mais d'un coup, après tant de mois à attendre de pouvoir repartir là-bas, je décide que ça n'a plus d'importance. Je repousse mon départ, et à la place, je pars ailleurs ; et quand elle m'annonce qu'on peut se retrouver, je repars. Je m'embarque à nouveau sur les premières routes qui s'offrent à moi, avec un sac de voyage que j'avais rempli à un moment où je ne savais pas pour combien de temps je partais (une semaine ? deux ? trois ?), et un manteau dont j'avais oublié de vider les poches avant de partir. Je prends tous les détours qui s'imposent, souvent pour trouver où passer la nuit ; et le soir, en regardant la lune qui s'arrondit de plus en plus à nouveau, je lui écris pour lui dire où je suis, quelles sont les prochaines étapes de mon trajet. Je lui envoie aussi des photos des villes que je traverse sans avoir le temps de les visiter, Turin, Grenoble, Lyon, Bordeaux, entre autres. J'arrive, promis. En pleine pandémie, je prends des bus, des métros, des tramways, des cars, des trains, des covoiturages, et j'arrive.

     Et puis un jour je suis là. Cela fait douze jours que je suis partie de chez moi et je ne sais plus très bien quand est-ce que j'ai vraiment dormi pour la dernière fois, mais peu importe, je suis là. Elle est là elle aussi, et elle me prend dans ses bras.

     

     C'est le lendemain, en sortant de l'hôtel, alors qu'elle s'apprête à m'emmener dans son parc préféré, qu'elle me dit : Putain, j'ai envie de fumer mais je n'ai pas mon briquet sur moi. Lentement, je glisse la main dans la poche de mon manteau, et je palpe la boîte en carton qui s'y trouve. Je lui dis : J'ai des allumettes, moi, si tu veux. Je sors la boîte, je lui gratte une allumette. Tout en allumant sa cigarette avec, elle rit : Ah ouais, elles sont grandes tes allumettes, ça rigole pas. Je lui réponds que c'était pour ça que je les avais achetées, ces allumettes.

     Et, pendant qu'elle fume sa Winston, je la regarde, et je me dis :

     Oh.

     Après tout ce chemin, je la regarde, je flambe, et je me dis :

     Oh. Les allumettes, c'était donc pour ça.

    « Cruel manque amoureuxD'acc »

  • Commentaires

    1
    Samedi 22 Mai à 10:44

    Salut !

    Juste wow. Si tu as envie d'écrire un roman et que tu n'oses pas te lancer, n'hésites surtout pas. Ton écriture est captivante, poétique, douce, hypnotisante. Je pourrai te lire en boucle, pendant des jours, ne rien faire d'autre que dévorer tes mots. Merci d'avoir partagé ces instants de vie, merveilleusement bien écrit.

    Très belle continuation

      • Dimanche 20 Juin à 22:41

        Oh mais ! Juste wow aussi, je ne m'attendais pas à recevoir un tel compliment. Je ne sais pas quoi dire, si ce n'est que c'est extrêmement élogieux, et que je suis vraiment touchée (par la pensée, par le fait que tu aies pris le temps de l'écrire en ces termes). Merci, vraiment <3

    2
    Dimanche 20 Juin à 15:19

    La même chose que la dame au dessus, du coup je vais rien dire de plus, à part que si tu as pris la peine de préciser que ce voisin néerlandais devient le protagoniste de l'histoire la plus cocasse qui te soit arrivé, et que comme toi je crois pas au hasard, ça veut dire qu'on peut espérer avoir cette histoire un jour... ?

      • Dimanche 20 Juin à 22:42

        Tout comme pour la dame au-dessus, par conséquent : merci, c'est vraiment très flatteur ! Le Néerlandais est ma grande anecdote de soirée, et c'est vrai que c'est toujours assez rigolo de la raconter... En revanche le ton n'est pas du tout le même. Je verrai bien, mais si ça pique ta curiosité, pourquoi pas un de ces jours ? :-)

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