• La confusion onirique

     Ce matin, à mi-chemin entre le rêve et l'éveil, ou peut-être entre l'éveil et le rêve, prise entre les deux de manière un peu confuse, et à moitié consciente de l'être (c'est propre à l'état), j'ai pensé que quelque part, l'enfance tenait un peu du rêve.

     Qu'on ne s'y méprenne pas : je ne suis pas en train de vanter l'utopie de l'enfance. Non, j'ai eu une enfance heureuse mais insignifiante comparée à ce que j'ai vécu ensuite, et contrairement à bon nombre de mes congénères, je ne regrette pas la primaire, parce que si c'était beaucoup plus facile que ne le sont le secondaire ou le supérieur, c'était aussi beaucoup moins enrichissant, beaucoup moins porté à l'émulation. (Oui, je suis élitiste et je crois au travail intellectuel, c'est ainsi.) Je ne crois pas que l'enfance soit spécifiquement merveilleuse. Idéalisée, en revanche, oui, elle l'est. Mais on oublie que moins de souci va aussi de pair avec moins de conscience, et  donc moins de conscience pour se rendre compte de son insouciance, nécessairement.

     

     Non, quand je dis que l'enfance tient un peu du rêve, je fais référence à cette confusion qui est commune aux deux. Dans les rêves, comme quand on est enfant (mais vraiment petit, évidemment), il n'y a plus de second degré, ou tout du moins plus de différence entre le premier et le second degré, tout se vaut à égalité, paroles, pensées, réel. Il n'y a plus d'écart entre ce qui est intérieur et extérieur, entre soi et le monde. Ce qui est pensé devient aussitôt aussi vrai que tout le reste, parce qu'à partir du moment où c'est formulé, alors c'est possible, alors c'est réel. Les choses n'ont plus besoin d'être cohérentes pour être crédibles, deux choses contradictoires peuvent désormais cohabiter sans la moindre contradiction. Quelque chose peut être à la fois vrai et faux sans que ça ne pose de problème. (C'est une confusion qui tient de la physique quantique.) Peut-être que dans les rêves, on n'a pas besoin de certitudes ou de démonstrations : l'esprit et son aptitude à l'impossible sont rois. Il n'y a plus de loi, les conventions sont abolies, elles s'effacent sous l'impulsion de la pensée.

     On saura sûrement me trouver des objections : et c'est vrai que ce que je dépeins ici n'est pas valable pour tous les rêves, ni pour tous les moments de l'enfance. Mais c'est une idée qui me semble avoir sa part de vérité, maintenant que je l'ai formulée (suis-je moi aussi en train de rêver, de démontrer les choses comme on les démontre en rêve ?), et dont je suis sûre qu'elle serait intéressante à étudier de plus près, cette idée que l'enfance tiendrait un peu du rêve. Ou bien le rêve de l'enfance ?

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  • Commentaires

    1
    Lundi 9 Avril à 17:51

    Oh, c'est un peu pour cela que le sommeil, comme les enfants, m'effraie. Tout y est si confus, fragmenté, que même quand le rêve est heureux il y a de quoi prendre peur.

      • Mercredi 11 Avril à 18:22

        J'aime bien justement cette façon de créer de nouvelles logiques. Je me sentirais incapable d'inventer un rêve comme ça, avec mon esprit conscient. (Et puis comme tout est absurde, on se dédouane de ses rêves :°)

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